Les Yves

Agen. Le début des années 2000. Une certaine jeunesse, peut-être moins attirée par l’art rugbystique que la plupart de ses semblables, s’applique dans quelques groupes plus ou moins « core ». Tennis Bastard (grind). Chillout (emo). Le travail est soigné. L’envie et le fun sont de la partie. Afin de « lutter contre l’oisiveté » un autre projet voit le jour. « Je pense qu’on s’est décidés après qu’Anthony nous ait parlé de ce super groupe de rock suédois qui s’appelait Zeu Ive » explique Sébastien. Avec Jean-Marc et Yann, plus quelques costumes raccords, ils deviennent respectivement Yves (batterie), Yves (Guitare), Yves (Chant) et Yves (Basse). Le but avoué est d’une simplicité extrême. Jouer de la musique. Ecrire de bonnes chansons. S’amuser.

En plus de la réalisation de cet objectif, modeste, mais ô combien valable, et contre toute attente, l’aventure des Yves va prendre, dès lors, une dimension toute cosmique. Quasi mythologique. Les 12 morceaux que comptent leur album, (auquel le généreux Sapinou a rajouté singles et raretés) sont autant d’exploits de grande envergure !

Et Hercule n’a qu’à bien se tenir.

Déjà, l’assise est sacrément bonne. Un garage punk véloce et très enlevé. Les agenais ayant donc fait leurs armes dans ces groupes de hardcore. L’énergie, la précision, la dextérité… Tout y est impeccable. Si on ajoute, en prime, une fibre mélodique hors pairs. Les Yves ne prêtent pas à rire. Car sous leur côté débonnaire, ils distribuent tatanes sur tatanes. Toujours avec le sourire.

Mais cela n’est pas tout. Les textes des chansons font la différence. Et elle est de taille. Eructés par Yves (Jean-Marc), ils sont en fait écrits par Yves (Yann, le bassiste). Et il y a un véritable gouffre entre ces chroniques sincères, cocasses, profondes et la plupart des chansons écrites en français qui parviennent alors à nos oreilles. Sans malice mais avec beaucoup d’affabilité, Les Yves cultivent un humour tout en finesse. Le calembour et l’intelligence vont de pair. C’est très rare. Jongler avec les émotions. Avec tant d’adresse. Y mettre tant d’honnêteté. Je ne me souviens pas avoir ressenti cela avant, qui plus est venant d’un groupe de rock. « Cœur de Flipper ». Ce titre est prodigieux. Ecraser une larme au cœur du pogo ? C’est fait ! Et ça n’est pas donné à tout le monde. Sous leurs aspects plutôt sommaires les chansons des Yves se révèlent complexes et protéiformes. Elles apparaissent vite comme de véritables bijoux de sensibilité (« L’amour Ça S’apprend Pas En Un Jour »). Bourrées d’humour et d’esprit (« Sur Mon 31 » – ah, la démonstrative et si intransigeante science des mathématiques !). Et de solides prises de positions politiques (« VHS en détresse »).

Tous ces morceaux de bravoures sont ciselés avec amour par des fans de musique, exemplaires, respectueux des mots, drôles et éminemment sympathiques… (Martial Jesus, Total Heaven)

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